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Six ans pour convaincre

mardi 5 janvier 2016 Écrit par  Jean Planet

Janvier 2016 : les nouvelles régions sont en ordre de marche. Élément le plus marquant de la réforme territoriale mise en place par les lois des 16 janvier et 7 août 2015, elles ont passé le cap des élections des 6 et 13 décembre, puis se sont dotées, dans la foulée ou le 4 janvier, des exécutifs qui vont leur donner  ou non  la capacité d'action qu'elles méritent.

La réforme améliore l'existant sur deux axes fondamentaux :

  • elle vise à clarifier et mieux organiser les compétences entre les divers acteurs, État et entités territoriales ;
  • elle donne aux Régions des pouvoirs accrus, le plus souvent sur un territoire beaucoup plus étendu, et une capacité de développement dans les divers domaines d'intervention politique, social, économique…

Elle participe donc de la rénovation de l’action publique, ses conséquences seront directes pour les exécutifs, les services et les personnels territoriaux.

 

Mais si le « décor » est ainsi planté, il reste aux acteurs à saisir toute leur place dans un mouvement qui doit être réellement porteur d'avenir pour tous. Car les enjeux sont aussi humains, managériaux et organisationnels, pour tous ceux impliqués dans la réforme. Les responsables des Régions sont en première ligne, c'est à eux qu'il revient, face à la complexité du changement, de s'organiser pour y faire face afin de tirer le meilleur des possibilités offertes par la nouvelle donne. C'est à eux qu'il revient de faire preuve d'initiative, de courage même, notamment pour affirmer et concrétiser leur ambition régionale face  ou de préférence avec  tous ceux qui exercent des responsabilités publiques sur leur territoire.

C'est aujourd'hui que les choses commencent : les Régions vont-elles se saisir pleinement des responsabilités nouvelles qui leur sont dévolues, tout particulièrement dans les domaines majeurs du développement économique et de l'aménagement du territoire ?

Vont-elles savoir pour cela conduire le dialogue constructif qui s'impose  mais dont les modalités vont souvent devoir être inventées  avec les autres acteurs incontournables que sont l'État, les autres collectivités territoriales et tout particulièrement les métropoles avec lesquelles elles cohabitent, et bien évidemment tous ceux qui participent au développement du pays, entreprises, universités ?

Faisons confiance aux Présidents et à leurs proches, ils ont conscience des défis et des attentes, et la plupart ont certainement déjà en tête les priorités qu'ils veulent donner à leur action, et la façon dont ils vont la conduire, en conciliant l'urgence des réponses et le temps nécessaire pour faire des choix compris et partagés par le plus grand nombre… Gageons que les Projets stratégiques du territoire vont « fleurir », et ce sera une excellente chose, dès lors que leur élaboration répondra aux principes d’efficacité économique, sociale et environnementale.

Souhaitons donc, pour la France et pour la démocratie, que chaque Président de région, conscient de sa responsabilité historique, et profitant pleinement des nouvelles possibilités d'action offertes, se donne pour six ans un projet ambitieux capable de faire évoluer profondément les choses, au bénéfice de l'ensemble des acteurs concernés.

Souhaitons également que les services déconcentrés de l'État, confrontés aux mêmes impératifs de progrès (simplification des circuits de décision, transparence, apport de compétences, aide au dialogue constructif entre les divers acteurs…) prennent également toute leur place dans le mouvement, et soient un exemple de dynamisme et non un frein…

Mais quels moyens pour cette ambition ? Et notamment quels moyens humains ?

La Région dispose, c'est un atout considérable, de services constitués de personnels territoriaux aux compétences reconnues et tout à fait attachés à leurs missions, qu'elles soient de direction, d'encadrement, ou d'exécution.

C'est bien évidemment sur eux que le Président, son exécutif, l'ensemble des élus régionaux, pourront, devront s'appuyer. C'est sur cette force d'intervention, bien rôdée aux nombreuses et primordiales missions et interventions qui relèvent de la Région, que va également reposer toute la mise en œuvre du Projet stratégique du territoire (à savoir le projet politique conduit par l’exécutif).

Y est-elle préparée ?

Les services territoriaux possèdent-ils collectivement les compétences  techniques, de gestion, managériales  la capacité et la volonté d'engagement, la confiance dans leur hiérarchie, la « soif » de réussir (et l'assurance de la reconnaissance attachée au succès)… indispensables pour passer dans les meilleures conditions de succès les périodes compliquées de conduite de changement ?

Ne sont-ils pas, comme dans toutes les structures de travail confrontées aux évolutions de ce type, plus préoccupés des contraintes et risques individuels (mobilité, incertitude sur les promotions futures, intégration à une nouvelle équipe…) et donc peu ouverts au changement collectif ?

Et n'est-ce pas la même problématique que les préfets et les directeurs des services déconcentrés doivent affronter, eux qui doivent être des partenaires vigilants mais facilitateurs.

C'est bien un véritable changement qu'il convient de gérer, et gérer notamment  comme dans toute situation de ce type  les inquiétudes, les interrogations, les crispations… qui vont très vite devenir opposition ou repliement sur soi si les réponses appropriées ne sont pas apportées.

Les personnels régionaux sont en première ligne. Leurs compétences et la qualité de leur engagement ne font aucun doute. Mais, toutes les remontées le confirment, ils sont inquiets et, justement parce qu'ils croient en leur mission, ils s'interrogent :

  • sur les réorganisations qui les touchent déjà, ou vont les toucher, ou même qu'ils craignent, parfois à tort, qu'elles les touchent ;
  • sur les conséquences sur leur vie personnelle et familiale, en cas de mobilité géographique ;
  • sur leur avenir professionnel, leurs possibilités de promotion ;
  • sur leur futur cadre de travail, les nouvelles relations à tisser au sein d'une nouvelle équipe, avec une nouvelle hiérarchie, et de nouvelles pratiques professionnelles…

L'inquiétude prend ainsi le pas sur tout le reste…

Et risque de déboucher  va malheureusement déboucher dans un certain nombre de cas  sur des poussées de fièvre et des mouvements sociaux sans doute localisés, mais qui rencontreront un large écho médiatique et surtout retarderont ou même annuleront les effets positifs attendus de la réforme…

Ou débouchera également, beaucoup plus grave, sur des désengagements personnels, un désintérêt ou un repli assumé ou même revendiqué vis-à-vis du travail et des missions.

Face à ces risques, des réponses peuvent être apportées.

Elles sont celles de toute conduite de changement, faciles à définir, plus complexes à mettre en œuvre, en tout état de cause urgentes à lancer sauf à hypothéquer le long terme.

Ces réponses, nous savons pouvoir contribuer à les définir et à les mettre en oeuvre. Grâce à l'expérience développée depuis de nombreuses années dans des situations, des organisations, des cultures diverses mais dont l'objectif était toujours le même : améliorer les choses sans les casser, et pour cela s'appuyer résolument sur les capacités humaines, sur l'envie de progresser, sur le désir de réussir et sur le besoin de reconnaissance…

Notre contribution, à nous qui lançons ce site Régions en mouvement, s'exercera sur deux plans :

  • s'efforcer d'encourager les acteurs régionaux à innover, s'engager, entreprendre… en suscitant la réflexion au sein de notre réseau, et en faisant connaître les initiatives et démarches qui nous semblent aller dans le bon sens ;
  • mettre notre dynamisme, nos compétences et notre expérience au service de tous les décideurs, relevant de l'État comme des régions et autres collectivités publiques, qui souhaiteront être accompagnés dans leurs projets de développement au bénéfice de leur Région.

L'équipe Régions en mouvement propose aux responsables de Régions, pour leur permettre d'y réfléchir puis s'ils le décident d'y recourir, de conduire pour leur compte, sur le ou les secteurs qu'ils jugent prioritaires pour leur Région, une analyse benchmark des « bonnes pratiques » déjà tentées ou mises en œuvre dans d'autres collectivités territoriales, notamment européennes, afin de nourrir leur réflexion et d'éclairer leurs prises de décision.

Experts contributeurs

  • Expert Santé et Protection sociale. Étienne Caniard a terminé sa carrière administrative comme Administrateur Général des Finances Publiques après avoir exercé de nombreuses responsabilités dans…
  • Expert Développement durable et Énergie. Après des études en France (HEC) et aux États-Unis (Stanford et Harvard), Conrad Eckenschwiller a conduit une carrière industrielle et…
  • Expert Formation. Dominique Héron est diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris et ancien élève de l'École Nationale d'Administration. Il a été Inspecteur Général de…